Le décompte annuel des charges est le document par lequel le bailleur régularise les provisions versées par le locataire. Il compare les provisions payées pendant l’année aux charges réellement supportées par le bailleur. Le résultat, appelé solde de régularisation, donne lieu soit à un remboursement de l’excédent, soit à une demande de complément. Les charges locatives doivent être régularisées au moins une fois par an.
Que contient le décompte annuel des charges ?
Le décompte repose sur trois éléments : les provisions versées, les charges réelles et le solde qui en résulte.
Calcul du solde
Le solde se calcule ainsi : provisions versées moins charges réelles. Le résultat détermine la suite de la régularisation :
| Situation | Conséquence indiquée dans le décompte |
|---|---|
| Provisions supérieures aux charges réelles | Le bailleur rembourse l’excédent au locataire |
| Provisions inférieures aux charges réelles | Le bailleur peut demander un complément |
Présentation par nature de charge
Le décompte est communiqué un mois avant la régularisation et présente les charges par nature. Chaque poste (eau, ascenseur, entretien des parties communes, etc.) apparaît avec son montant. Le locataire peut vérifier que la somme des postes correspond au total des charges réelles. Un total global sans détail par poste ne permet pas ce contrôle.
Mode de répartition
Dans un immeuble collectif, le décompte précise aussi le mode de répartition : il indique la règle utilisée pour répartir chaque charge entre les locataires de l’immeuble. Cette mention permet de comprendre pourquoi la part attribuée au logement est celle qui figure dans le document.
Charges récupérables et non récupérables
La distinction entre charges récupérables et charges non récupérables détermine ce que le bailleur peut réclamer au locataire. Seules les charges récupérables peuvent être refacturées au locataire. Les charges non récupérables restent à la charge du bailleur, même si elles apparaissent dans le même document.

Quels justificatifs demander au bailleur ?
Le bailleur doit conserver les pièces justificatives à la disposition du locataire pendant six mois après l’envoi du décompte annuel des charges locatives. Cette fenêtre fixe le délai utile pour agir : passé ce délai, le bailleur n’est plus tenu de tenir les pièces à disposition, ce qui ne ferme pas l’action en remboursement, ouverte pendant trois ans. La demande doit donc être formulée pendant cette période, dès réception du décompte.
Les justificatifs à réclamer sont ceux qui correspondent aux charges du décompte. Pour chacune d’elles, le locataire peut demander la facture du fournisseur ou le contrat de service concerné, afin de vérifier le montant appelé.
La démarche se déroule en trois temps :
- Relever les natures de charges figurant sur le décompte, poste par poste.
- Demander le récapitulatif des charges, qui peut être transmis par voie dématérialisée ou postale.
- Demander les pièces justificatives correspondant à chaque nature de charge, dans le délai de six mois après l’envoi du décompte.
| Demande | Modalité | Fondement |
|---|---|---|
| Récapitulatif des charges | Voie dématérialisée ou postale | Légifrance, 27/03/2014 |
| Pièces justificatives | Mises à disposition pendant six mois après l’envoi du décompte | Légifrance, 27/03/2014 |
Comment contester le décompte des charges ?
Contester un décompte de charges locatives suit trois étapes : contrôler chaque poste, rédiger une lettre précise, puis l’envoyer au bailleur par un moyen qui prouve la date. Une contestation peut porter sur un poste précis, sur le total des provisions retenu ou sur le solde final.
Contrôler le décompte poste par poste
Vérifiez les points suivants :
| Point de contrôle | Ce qu’il faut vérifier |
|---|---|
| Nature des charges | Chaque montant est rattaché à une nature de charge identifiée |
| Provisions versées | Le total correspond à vos avis d’appel ou à vos relevés de paiement |
| Mode de répartition | Le mode indiqué est appliqué à votre logement |
| Calcul du solde | Provisions versées moins charges réelles donne le montant affiché |
Repérez aussi les erreurs courantes : une dépense comptée deux fois, un montant sans équivalent dans les justificatifs demandés, ou un calcul qui ne correspond pas au mode de répartition indiqué. Notez chaque anomalie avec le montant concerné, car la lettre doit être précise.
Modèle de lettre de contestation
[Prénom Nom]
[Adresse du logement]
[Nom et adresse du bailleur]
[Lieu], le [date]
Objet : contestation du décompte annuel des charges de l'année [année]
Madame, Monsieur,
J'ai reçu le [date de réception] le décompte des charges locatives du logement
situé [adresse], pour l'année [année]. Après vérification, je conteste les
montants suivants :
- [Nature de la charge] : montant décompté [X] € ; motif : [explication]
- [Nature de la charge] : montant décompté [X] € ; motif : [explication]
Je vous demande de me communiquer les justificatifs correspondants et de
rectifier le solde en conséquence.
Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur,
l'expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Pièces jointes : copie du décompte contesté ; copies des avis ou relevés
de paiement des provisions.
Joignez des photocopies et conservez les originaux.
Envoi par lettre recommandée avec accusé de réception
Envoyez la lettre par lettre recommandée avec accusé de réception. L’accusé de réception permet de prouver la date de réception par le bailleur. Conservez une copie de la lettre, le justificatif de dépôt et l’accusé une fois signé. Ces documents constituent votre preuve en cas de désaccord persistant.
Quel délai pour réclamer un trop-perçu ?
Le locataire qui souhaite récupérer des charges payées en trop dispose de trois ans pour agir. L’action en remboursement de charges indues se prescrit par 3 ans, et le même délai s’applique au bailleur qui réclame des charges ou loyers impayés.
Le délai ne court pas à partir du paiement de chaque provision mensuelle. Il part de la date de régularisation, c’est-à-dire du moment où le décompte annuel établit que l’indu existe. Selon la Cour de cassation (Cass. civ. 3e, 6 mai 2021, n° 20-11.707, citée par l’ANIL en 2021), c’est cette régularisation qui révèle l’indu. Le point de départ est donc unique pour une année donnée, quel que soit le nombre de provisions versées.
| Événement | Fait courir le délai de 3 ans ? |
|---|---|
| Versement mensuel d’une provision | Non |
| Régularisation annuelle qui fait apparaître l’excédent | Oui, point de départ |
Pour calculer la date limite, il suffit de relever la date de la régularisation et d’ajouter trois ans. Les régularisations doivent intervenir au moins une fois par an, ce qui permet de suivre les échéances année par année.

Que faire si la régularisation est tardive ?
Un décompte reçu après la fin de l’année civile suivant l’exigibilité des charges ouvre des options précises pour le locataire. Deux cas se distinguent : la régularisation n’a pas eu lieu dans le délai, ou le bailleur n’a pas répondu à une demande du locataire. Chaque cas appelle une démarche différente.
Le paiement par douzièmes
Si la régularisation n’a pas eu lieu avant la fin de l’année civile suivant l’exigibilité des charges, le locataire peut demander à payer le complément en 12 mensualités.
| Étape | Repère |
|---|---|
| Exigibilité des charges | Année N |
| Régularisation attendue | Avant la fin de l’année civile N+1 |
| Au-delà de ce délai | Demande de paiement par 12 mensualités possible |
Réclamation tardive et déloyauté
Le juge peut refuser une réclamation tardive de charges si elle est jugée déloyale. Par exemple, le bailleur n’a pas répondu à une demande de régularisation du locataire.
La décision revient au juge. Le locataire ne peut pas considérer qu’une réclamation tardive est automatiquement annulée.
En cas de difficulté de paiement
Si le locataire ne peut pas régler le complément, même échelonné, il peut recourir à un conciliateur de justice, gratuit, ou contacter l’ADIL (Agence départementale d’information sur le logement) de son département.
Conciliation et recours en cas de désaccord
Quand l’échange avec le bailleur ne permet pas de trouver un accord, le locataire dispose de voies amiables avant toute procédure judiciaire. Le conciliateur de justice est gratuit et peut intervenir en cas de difficulté, tout comme l’ADIL (Agence départementale d’information sur le logement). Si le désaccord persiste, le juge peut être saisi.
Conciliateur de justice, ADIL et commission départementale
- Conciliateur de justice : intermédiaire gratuit qui rapproche les parties pour rechercher un accord. Il ne tranche pas le litige.
- ADIL : informe le locataire sur ses droits et l’oriente vers la démarche adaptée.
- Conciliateur de justice et ADIL : ce sont les deux recours amiables cités par Service-public.gouv.fr (2026) en cas de difficulté.
Saisine du tribunal judiciaire
Sans accord, l’affaire est portée devant le tribunal judiciaire. Le juge peut refuser une réclamation tardive si elle est déloyale, par exemple lorsque le bailleur n’a pas répondu à une demande de régularisation.
Preuves à présenter
| Pièce | Origine | Utilité devant le conciliateur ou le juge |
|---|---|---|
| Décompte annuel | Bailleur | Point de départ du litige |
| Justificatifs | Bailleur, à disposition pendant 6 mois après l’envoi du décompte | Vérifier les montants poste par poste |
| Récapitulatif des charges | Demandé au bailleur | Compléter le décompte si le détail manque |
Questions fréquentes
Quel est le délai pour contester un décompte de charges ?
Le délai est de 3 ans à compter de la régularisation, c’est-à-dire à partir du décompte qui révèle le trop-perçu, et non à partir de chaque versement de provision. Ce même délai s’applique au locataire qui demande le remboursement de charges payées en trop.
Comment obtenir les justificatifs des charges ?
Le locataire peut demander un récapitulatif des charges, transmis par voie dématérialisée ou postale. Le bailleur doit conserver les justificatifs à disposition pendant 6 mois après l’envoi du décompte.
Qui contacter en cas de désaccord avec le bailleur ?
Un conciliateur de justice gratuit ou l’ADIL (Agence départementale d’information sur le logement) peuvent être sollicités en cas de difficulté. Le juge peut aussi refuser une réclamation tardive si elle est jugée déloyale, par exemple lorsque le bailleur n’a pas répondu à une demande de régularisation.